Yves Leccia, vigneron de l’année 2021

Arrière-petit fils de vignerons, œnologue, Yves Leccia est un défenseur ardent et talentueux du patrimonio, la première des appellations corses ayant été reconnue, en 1968. Il a fait son entrée dans le Guide avec un rouge 1988 et obtient son énième coup de cœur avec un Patrimonio E Croce 2017. Avant de créer d’autres cuvées en IGP, tout aussi ambitieuses et tout aussi corses.

Quelques mots sur l’évolution du domaine familial ?

Yves Leccia :  » Il y a toujours eu de la vigne dans la famille, mais c’est à l’époque de mon grand-père Napoléon, puis de mon père Pierre-Joseph, que l’exploitation est devenue purement viticole. Les cépages insulaires étaient complantés avec d’autres, plus productifs, comme l’ugni blanc ou le cinsault. Nos principaux débouchés étaient les cantines (NDLR : tavernes) de Bastia, puis le négoce. Mon père s’est impliqué dans la création de la coopérative de Patrimonio, mais en est sorti rapidement. Il s’est aussi beaucoup investi pour la reconnaissance du vignoble corse dans les années 1970. Reprendre le domaine était pour moi un objectif, un devoir et un acte militant : démontrer que l’on pouvait vivre et travailler dignement en Corse et y produire de bons vins. J’ai exploité pendant près de 25 ans le domaine familial avec ma sœur. Les difficultés de succession, le désir de bâtir quelque chose pour mes enfants avec mon épouse Sandrine m’ont poussé en 2005 à créer notre domaine actuel. » 

Quelle est la physionomie actuelle de la propriété ?

Yves Leccia :  » Sur 16 ha, 6 sont plantés en niellucciu, 3 en grenache, 1 en sciaccarellu et autant en minustellu. En blanc, 3,5 ha de vermentinu, 1 de biancu gentile et ½ de muscat pour les vins doux naturels, mais nous n’en élaborons pas tous les ans ; une partie est vinifiée en sec et assemblée au vermentinu dans la cuvée Biancu Marinu. Le biancu gentile donne un blanc plus gras, ample, miellé et « gastronomique » que le vermentinu. En rouge, le minustellu apporte beaucoup de couleur, peu de tanins et une belle rondeur et se marie très bien avec le niellucciu, plus austère. 2017 a été l’année de la certification bio : un passage plus administratif que technique, car nous étions déjà « dans les clous », au vignoble comme en cave. « 

Quelle différence entre vos patrimonio et vos IGP ?

Yves Leccia :  » Le patrimonio rouge est construit sur le niellucciu pour sa structure, sa profondeur, son potentiel. En IGP, la cuvée O Bà ! est plus chaleureuse et charmeuse ; le mariage de cépages, qui apporte de la complexité, peut être le futur du patrimonio. Le patrimonio blanc, c’est la pureté, le coté minéral, la droiture du vermentinu, avec un bouquet floral incomparable. L’IGP YL, qui comporte une part de biancu gentile, est plus immédiat et friand.  » 

Avez-vous évolué dans votre façon de vinifier ?

Yves Leccia :  » Oui, forcément. D’abord par une meilleure maîtrise du métier, puis par la proportion des cépages, qui a changé. Mes goûts aussi ont changé : je vais vers des vins plus épurés, avec le souci de respecter le terroir et l’expression du cépage. En matière d’élevage sous bois, j’ai encore beaucoup à apprendre, d’autant que ce n’est pas dans la tradition de notre région. »

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